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TIBET - 2006 (Textes
et commentaires de Piero Soave)
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bas de page
Le Tibet est le Pays de
l’imaginaire, ainsi toute forme de voyage à
son intérieur demeure inachevée, ma tentative
de le traverser en 8 jours s’inscrit dans ce clivage
qui subsiste sur le terrain entre l’action et
le rêve. Dans cet espace sans horizons, cette
mer immobile, ce vide du ciel d’un bleu insondable,
ce noir et blanc oscillant entre courbes du sol et chars
de nuages tout projet assorti d’un délai
va à la dérive comme un bateau ivre. Distances
et vitesses, longueur et hauteur se confondent dans
cet amalgame d’éléments primordiaux
et des couleurs d’une harmonie inimitable, les
jours découlent des années de lumière,
les nuits descendent d’un océan des ténèbres.
Silences infinis, voix sans écoute, vols et marches
inaccomplis par l’inanité de l’ effort.
Hommes , artefacts, animaux, minéraux grains
du sable emportés par le vent sur la roue de
la vie. Visions, inspirations, ascèses, degrés
du nirvana intactes et non joignables. Ainsi les photos
que j’ai présentées ne sont que
des images éloignées, des bouts de rêves,
des faux miroirs des paysages, visages, de l’architecture,
peinture et sculpture d’un monde insaisissable
que le Bouddhisme nous apprend à considérer
faisant partie de la sphère de l’impermanence,
du labyrinthe des apparences ainsi des êtres que
des biens. C’est pourquoi je pense que la photo
du Potala à Lhassa, prise d’un arbre la
nuit au milieu du feuillage, s’approche davantage
de l’esprit du sujet que tous les autres clichés.
La même impression que j’ai ressentie en
observant sous la voie lactée la masse informe
de l’Everest, un trou noir sous un cadrage d’étoiles
en filigrane, bien différente de celle qu’on
éprouve en regardant sa doublure qui se pavane
en plein jour sous les traits d’un Bouddha d’ivoire.
D’autres remarques j’aimerais faire à
l’égard des monastères ou des temples
ravagés par les népalais, « libérés
» par les chinois, convoités par les touristes
des démocraties. Mais je préfère
me taire par décence, en ayant peut être
été moi-même parfois coresponsable
de pas mal d’aberrations auxquels les voyageurs
dépourvus se laissent aliéner ; alors
que ce Pays réserve seulement à l’initié
la chance d’entamer, à partir de ses espaces
où terre et ciel se fusionnent dans le mystère
de l’au-delà, l’exploration de son
propre monde intérieur.
Que le voyageur soit loué
pour avoir erré vers lui sans l’atteindre,
laissant ce mystère plus grand : il revient avec
le regard au-delà, ce regard.. Victor Segalen
Thibet.
| Piero vous
propose de découvir une toute petite partie
de ce pays au travers de ses photos.
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